vendredi 6 novembre 2015

La cryogénie : Le commerce de demain ?


 A travers le monde, un peu moins de trois cents morts attendent de revenir à la vie dans des caissons réfrigérés. S'agit-il de science-fiction ou de médecine ? Certains veulent y croire pourtant. Des pionniers des années 1960 aux milliardaires, en passant par de modestes citoyens refusant la mort, tous partagent un espoir : Que la science permette un jour, dans cinquante ou mille ans, d'annuler les effets de la mort.

Les " cryonics ", comme on les appelle, ont payé de 12 000 à 200 000 dollars pour avoir " une chance d'éviter la mort ", en faisant appel à l'une des trois institutions spécialisées existant dans le monde. Quelques mille cinq cents personnes supplémentaire ont déjà réservé leur ticket pour les rejoindre après leur décès.
Dans ce milieu, le vocabulaire traduit l'optimisme : quand l'un deux meurt, il est "dé-animé" ; quand on le plonge dans l'azote liquide à -196 °C, il est "préservé" ; et lorsque, tant pour des questions d'économies que de commodité, on ne congèle que sa tête en attendant la "réanimation", il s'agit d'un "dé-corps".
Dans les années 1960, la nouvelle science de la cryobiologie fait ses premiers pas en congelant sans dégâts un cœur de grenouille. Ses chercheurs, qui parviendront plus tard à congeler des spermatozoïdes et même des reins de lapin, ne tardent pas à voir d'un mauvais œil leurs concurrents de la cryonie qui propose de congeler les hommes sans la moindre idée de la façon de les ramener à la vie. Aujourd'hui encore, les membres de la Société internationale de cryobiologie risquent l'exclusion en cas de relation avec les"cryonics".

Près de 300 patients "cryopréservé"  dans le monde

Graphique de la répartition des personnes cryogénisés en fonction des 3 principales sociétés de cryogénisation

Depuis les années 1990, le nombre de "cryonics" évolue, près de 270 personnes ont déjà fait la démarche de se cryogénisé, auxquelles il faut ajouter une grosse centaine d'animaux de compagnie accompagnant leurs maîtres dans leur voyage dans le temps. Ce-ci peut s'expliquer par deux facteurs : d'une part, la mise au point de la vitrification, permettant de refroidir les corps sans formation de glace. D'autres part, les assurances-vie concernant la cryonie, permettant de ''s'offrir une chance de voir l'an 3000 pour 1000 dollars par an".


Faire oublier les scandales

Cette possibilité nouvelle, moins hasardeuse que de compter sur le dévouement des proches du défunt, a contribué à démocratiser la cryoconservation, mais également à sécuriser le financement des trois grandes institutions mondiales. Les forfaits demandés par Alcor, Kriorus et le Cryonics Institute doivent permettre de conserver les patients pendant plusieurs décennies voire plusieurs siècles, bien que le coût de la réanimation reste impossible à prévoir.
Une perspective rassurante pour la communauté, méfiante sur la question financière depuis la multiplication des scandales dans les premières années de la Cryogénie : patients rendus à leurs familles après la fermeture de l'entreprise, corps négligemment dégelés par manque d'argent... Une période noire que les "cryonics" veulent faire oublier, en insistant sur leur professionnalisme et le statut non lucratif de leurs institutions.
 D'après de nombreux futuristes, il y a un changement dans la perception de la cryogénie par le  public. Ce phénomène se traduit dans le succès de ses offres : pas moins de 968 personnes ont souscrit à la préservation de leur cerveau (80 000 dollars) ou de leur corps entiers (200 000 dollars). Parmi eux, quelques prises de choix. De nombreuses célébrités ont déjà fait la démarche de la cryogénisation.
La lente légitimation de la cryogénie s'est également appuyée sur les progrès de la cryobiologie, qui ont permis en 2004 de greffer à un lapin l'un de ses reins qui avait préalablement été congelé à -130°C. Un exploit porteur d'espoir pour le genre humain ? Si aucune réanimation n'a encore été tentée, de nombreux cryobiologie estime que nous n'y sommes pas loin d'y parvenir sur des individus préservés en vie et en bonne santé, à condition d'y consacrer des moyens et des équipes suffisantes. Pour certains, la cryogénie est au même stade que la transplantation cardiaque il y a 25 ans.

 Mort... Ou rien ?

Grâce à leur montée en puissance, les "cryonics" espèrent un jour faire bouger les lignes qui entravent encore leurs ambitions. Les législations sur l'euthanasie et le suicide assisté interdisent en effet de cryoconservé un vivant en bonne santé. Or, une congélation précédent la mort faciliterait selon eux les éventuelles procédures de réanimation, en évitant une trop grande dégradation de l'organisme par la maladie et la vieillesse.
En l'état actuel des choses, la seule solution pour les patients est de se laisser mourir en arrêtant de s'alimenter, c'est ce que certains font quand ils se savent condamner. D'autres, au contraire , considèrent la cryonie trop hasardeuse pour risquer plusieurs années de vie en bonne santé.

Un rêve en voie de mondialisation ?

Durant un temps, la cryogénisation se limiter seulement aux états-unis. Mais cette technique se développe désormais aux quatre coins du monde. A la suite des Américains Alcor (en 1972), Trans Time (en 1972, mais n'existe plus) et Cryonics institute (1976), la Russie est devenue en 2003 le deuxième pays à se doter d'une installation de cryoconservation, avec l’entreprise commerciale Kriorus, qui compte désormais 25 patients. Elle devrait bientôt être rejointe par l'Australie, qui a débuté en 2014 la construction de la première installation de l'hémisphère sud.
   
La cryogénisation : interdit en France

La cryogénie rencontre quelques obstacles en France, l'un des rares pays ou la cryogénie est totalement illégale, même après la mort. Un arrêté du conseil d’état l'a confirmé en 2006 dans l'affaire des époux martinot qui a été la seule tentative de cryogénie en France (Pionnier du mouvement « cryonics » en France, le docteur Raymond Martinot a congelé sa femme à sa mort, en 1984, avec des moyens artisanaux : un simple congélateur installé dans la cave de son château. C’est quand M. Martinot a lui-même été « cryogénisé » par son fils après son décès, en 2002, que la justice s’en est mêlée, en déclarant le procédé illégal pour la première fois en France. Leur fils Rémy s’est alors lancé dans une bataille judiciaire qui l’a mené du tribunal de Saumur (Maine-et-Loire) au Conseil d’état. Débouté par toutes les juridictions, il s’apprêtait en 2006 à saisir la cour européenne des droits de l’homme quand un problème technique a dégelé ses parents. Il a été contraint de mettre un terme à la cryogénisation, à les incinérer et à arrêter ses procédures). Les deux seuls mode de sépulture (=lieux où l'on enterre les défunts) acceptés par notre législation sont l'inhumation (= mettre un mort en terre avec les cérémonies ordinaires) et la crémation. Autrefois l'une des plus actives du monde après les États-Unis, la communauté "cryogénies" française sommeille donc depuis plusieurs années. La seule option cette communauté pour le moment est donc de s'expatrier aux États-Unis ou en Russie pour contourner les obstacles légaux




 Vidéo complémentaire explicative de la Cryogénie



Résumé de la vidéo : Au Royaume-Uni des membres de l'association "Cryonics" sont prêts à investir des dizaines de milliers de d'euros pour faire congeler leurs corps après leur mort dans l'espoir que la Science les ranimera un jour... Des journalistes de France 2 ce sont rendu à Londres pour leur rendre visite. Les bénévoles de l'association anglaise s'entrainent dur sur des mannequins, dans une banale maison du centre de l'Angleterre. Ils n'ont aucun diplôme de médecine, mais veulent venir au bout de leur pari, s'offrir peut-être l'immortalité avec de l'antigel. 





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